Handschlag2La Suisse n’est décidément pas regardante avec ses partenaires commerciaux.  Histoire de nous faire oublier les ventes d’armes à des pays en guerre ou violant régulièrement les droits de l’Homme, le Conseil Fédéral a mis sous toît un accord de libre commerce avec la Colombie. Seul problème: les Etats-Unis et le Canada ont renoncé à de tels accords, et la Norvège a suspendu ses démarches, en raison des transgressions des droits humains en Colombie. Le traité Suisse-Colombie, qui élimine des obstacles commerciaux sans évoquer les droits des individus, n’est pas un modèle du genre. Le Conseil Fédéral insiste d’ailleurs longuement sur l’importance du commerce avec la Colombie (3e plus grand partenaire en Amérique Latine, après le Brésil et le Mexique), avant d’indiquer sobrement, sur moins d’une page, que le pays connaît quelques problèmes de droits de l’homme, qui n’ont pas tous été résolus.

Comment concilier des revendications humanitaires et des partenariats commerciaux aussi opportunistes? Suite aux Critiques d’Attac et de la Déclaration de Berne notamment, Gabrielle Ineichen, déléguée fédérale aux accords commerciaux, trouvait cette réplique: « Cela ne sert à rien de mettre des conditions sur les libertés dans un traité de libre-échange [sic]. Nous sommes convaincus que ce genre d’accords, qui abolit entre autres les tarifs douaniers, permet d’améliorer le niveau de vie des Colombiens, et donc la situation dans le pays » (Le Courrier, 30.04.2009). Vraiment? Lire le reste de cette entrée »

mai68-repressionJ’avoue, je n’ai pas trop apprécié le 1er mai à Lausanne cette année. D’ordinaire déjà, il me laisse un sentiment mitigé: C’est un jour où l’on se retrouve entre militants de divers mouvements, certes, mais où l’on constate aussi le manque de mobilisation en dehors des cercles d’habitués. C’est un jour où l’on se réunit pour la cause des travailleurs/-ses, mais où les médias recensent surtout les vitrines cassées. Cette fois-ci, la nouveauté a été un chassé-croisé avec la police, qui a décidé apparemment de procéder à l’arrestation préventive de tout ce qui était jeune, vêtu de noir et au nombre de deux ou plus. Cela au mépris de considérations telles que la liberté de manifestation, le délit de faciès, la protection des données. Ce genre de comportement suscite, en principe, l’indignation. Chez moi, c’est plutôt le malaise qui s’est installé, puisque le responsable de ces opérations était Marc Vuilleumier, municipal de la police et camarade de parti.

Malaise attisé par les critiques des libertaires, puis de nos alliés de solidaritéS. Malaise qui s’est mêlé avec un sentiment d’injustice, lorsque solidaritéS a réclamé la démission de Marc Vuilleumier s’il ne s’excusait pas: un an plus tôt, sur la place de la Gare, une gendarmerie tout aussi répressive avait suscité quelques démarches de ma part, sans réaction contre les forces de l’ordre ni leur cheffe de droite. Quant à l’engagement du même Vuilleumier d’organiser une consultation des mouvements concernés, afin que les prochaines manifestations se déroulent mieux, il a à mon sens suscité bien peu de réactions. Cela me laissait le sentiment que le municipal était plus visé que les problèmes policiers.

Heureusement, la dernière contribution de la Gauche anticapitaliste vient transformer le drame en farce: après avoir réitéré les critiques justifiées contre l’intervention policière, après avoir recensé les méfaits de Marc Vuilleumier à la Municipalité sans y voir aucun apport positif, ils en concluent que l’extrême-gauche n’a rien à faire dans un exécutif. Ils s’attaquent donc au POP, qui critique les actions policières du 1er mai, mais conserve son municipal. Ils s’attaquent ensuite à solidaritéS, qui critique les actions policières du 1er mai, qui attaque le municipal POPiste à Lausanne, mais qui conserve son municipal à Neuchâtel.

La lutte anticapitaliste, visiblement, a trouvé une cible plus importante que le Capital: les anti-anticapitalistes. D’où l’urgence d’une mobilisation anti-anti-anticapitaliste. A part ça, pour ceux qui ne se sentent pas enthousiasmés par un engement pro- ou anti- anti-anti-anticapitaliste, il y a aussi un appel à un mouvement de gauche unitaire qui circule. Sinon, il y a aussi une chanson: Ronchonchon

Un précédent billet de ce blog mettait en doute la faisabilité de l’initiative fiscale du Parti Socialiste Vaudois; je me dois toutefois de revenir sur mes propos, car l’initiative est effectivement lancée. Pour mon étonnement, le PS a réussi à rédiger un seul texte d’initiative annulant les principaux cadeaux que le Conseil d’Etat offrait aux plus riches. Rien que pour ça, le texte mérite d’être signé; cela permettra à la gauche de faire une campagne fiscale commune sur ce sujet, le rendez-vous ayant été manqué l’hiver dernier.

La deuxième partie de l’initiative socialiste propose un autre rabais aux contribuables à faibles revenus, plein de bonnes intentions et de savants calculs. Vous voulez essayer de comprendre? Accrochez-vous, un, deux, trois… Lire le reste de cette entrée »

generali-catastrophiste Touchante attention que ce courrier de Generali Assurances: « Votre rente de vieillesse ne va cesser de diminuer« . En préambule, l’assureur nous rappelle que « à l’automne dernier, le Parlement a décidé de diminuer les rentes du 2e pilier (caisse de pension) en 2011. Par exemple, celui qui dispose d’un capital de CHF 350 000.- pour sa retraite subit une perte annuelle de CHF 1400.-! Pour vous, cela signifie tout simplement: vous ne pouvez plus attendre grand-chose de votre caisse de pension. »

A tous ceux qui ont reçu ce genre de courrier, je propose ce type de réponse…

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Le lendemain des votations fiscales du 8 février, le PS annonçait qu’il lancerait une initiative pour compenser les baisses d’impôt sur les hauts revenus. Deux semaines plus tard, le texte se fait encore attendre. A croire qu’ils n’avaient pas prévu de lancer cette initiative, pourtant promise dès le début de la campagne. A moins qu’ils peinent à rédiger un texte compréhensible. Pour rappel, il s’agit (si j’ai bien compris) d’annuler l’exonération partielle des dividendes d’actions et l’imputation de l’impôt sur le bénéfice sur l’impôt sur le capital. Tout cela par un article constitutionnel respectant l’unité de la matière et tous les autres critères juridiques. A mon avis, les socialistes sont encore en train de peaufiner le slogan-choc pour résumer ce noble projet et arrêter dans la rue le passant-signataire potentiel.

En attendant que les socialistes ne sortent leur texte, il est toujours possible de se distraire avec la dernière publication du SCRIS, consacrée aux revenus des Vaudois en 2005. On y remarque une distribution inégale des revenus, qui n’est pas forcément une surprise: « La moitié des ménages, les moins riches (ayant moins de 64’100 francs) se partagent un cinquième (21%) du total des revenus, alors que les 10% les plus aisés concentrent un tiers du revenu total » (p. 12).

On y trouve aussi quelques informations sur l’évolution des revenus entre 1990 et 2005. Si le total des revenus déclarés est en hausse de 46% en chiffres absolus, cela ne fait que 16% si l’on tient compte de l’inflation. Surtout, cette hausse n’a pas profité à tous dans la même proportion: « Le revenu moyen a diminué (-6%) pour les contribuables faisant partie de la moitié la moins riche (…) contre une croissance de 5% pour l’autre moitié. C’est dans les deux derniers déciles regroupant les contribuables les plus riches que la croissance du revenu réel moyen est la plus élevée (+7.2%), soit plus de deux fois supérieure à celle de l’ensemble des ménages fiscaux » (p. 10). Voilà de quoi expliquer, notamment, la hausse des revenus fiscaux du Canton. Durant la campagne de votation, la droite avait invoqué une hausse de 80% environ des impôts pour appeler les citoyens-contribuables aux urnes. En fait, ce ne sont pas les impôts qui sont devenus plus injustes durant la dernière décennie, mais bien la redistribution des richesses.

C’est juste dommage, la publication du SCRIS est parue le 10 février, alors qu’elle aurait été tellement utile pour les votations du 8. Si Broulis avait su ça plus tôt, pour sûr qu’il en aurait tenu compte pour son paquet fiscal et la campagne qui a suivi. Mince alors.

(Oui, je suis un peu mauvais perdant sur cette votation. Et d’abord, pourquoi on parle toujours de mauvais perdants, et jamais de mauvais gagnants?)

Keystone

Photo:Keystone

Félicitations pour votre éditorial dans le 24 Heures d’aujourd’hui: depuis longtemps, aucun rédacteur en chef n’avait eu analyse aussi pénétrante. Interpréter le oui aux baisses d’impôts comme la victoire du bon sens contre le mauvais sens: voilà l’information qu’attendait votre lectorat!

Félicitations aussi pour votre nomination comme conseiller personnel de Pascal Broulis: c’est bien le preuve que notre président du Conseil d’Etat est la neutralité et l’objectivité même. Et salutations à M. Michel Pont: un autre rédacteur en chef du 24 Heures engagé par le Canton, cela vous fera de la compagnie ! Salutations aussi à M. Justin Favrod: le conseiller personnel de Pascal Broulis devient réd’chef à 24 Heures, tandis que vous suivez le chemin inverse. C’est un hasard désopilant!

Félicitations encore pour votre intervention lors de la conférence de presse sur les votations fiscales. Je ne sais plus ce que vous avez demandé à M. Broulis, mais cela devait être plein de bons sens. Pas comme ce journaleux du Courrier, qui a demandé si les baisses d’impôt risquaient de creuser le déficit du Canton en période de crise. Ou qui a évoqué le vote zurichois contre les forfaits fiscaux aux riches étrangers. Je ne me rappelle pas non plus des réponses de M. Broulis, mais elles étaient sans doute pleines de bon sens également.

Félicitations, surtout, pour votre habile mélange entre les casquettes de conseiller politique et de rédacteur en chef. Ce n’est peut-être pas très respectueux de l’éthique de la presse, mais c’est en tout cas fidèle aux habitudes radicales ! Une habitude presque aussi tenace que le culte du bon sens – défini par les radicaux et leurs amis bien entendu…

Le référendum contre la baisse des rentes du deuxième pilier (LPP) est lancé! Pourquoi est-il indispensable? La réponse ci-dessous. Et si vous êtes déjà convaincus/-es, vous pouvez signer ici.

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Quand on a une bonne idée, il faut s’y tenir! Profitant du creux médiatique de Nouvel-An, Claude-Alain Voiblet de l’UDC nous ressert un plat qui sent un peu le réchauffé. Cet automne, il avait en effet demandé qu’il n’y ait plus qu’une zone de tarif pour l’assurance-maladie dans tout le Canton de Vaud, souhait appuyé par les autres parti lausannois. Voilà le même tribun de retour avec la même demande, sous forme de pétition cette fois. Et la puissance de la vague de fond laisse songeur: 125 signatures.

On pourrait croire que la démarche était un coup d’épée dans l’eau, mais c’est peut-être plutôt se tirer une balle dans le pied. En effet, la pétition fait réagir les UDC du reste du Canton, qui ne veulent pas augmenter leurs primes pour le bon plaisir des Lausannois/-es. Un parti de droite prônant le « chacun pour soi »: rien, jusque-là, de bien palpitant; mais le 20 Minutes du 30/12/2008 nous offre une déclaration clé:

A Pomy, le conseiller national Jean-Pierre Grin regrette la divergence: «Les revenus dans le Gros-de-Vaud n’atteignent pas ceux de l’arc lémanique.»

En d’autres termes, les primes doivent être différenciées suivant les régions, parce que les revenus sont différents. Il faudrait donc que l’assurance-maladie s’adapte… aux revenus! Toute la gauche applaudira donc cette brillante réflexion, et remercie M. Voiblet pour sa pétition, qui a su apporter un peu de nouveauté à la politique cantonale et aux positions de l’UDC.

Et nous espérons que M. Grin saura aussi relayer ce principe au Conseil National, parce que les primes d’assurance vaudoises ne sont pas forcément en relation avec leurs revenus en comparaison intercantonale…

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Les Vaudois/-es vont voter le 8 février prochain sur des baisses fiscales, et la campagne commence bien. Le comité de droite nous a gratifiés d’une campagne d’affichage « Un cadeau pour les familles », légèrement complétée par mes soins dans l’illustration ci-dessus. Le journal « ‘Economie Lausannoise » d’hiver 2008 enchaîne sur le même thème, mais avec un peu moins de talent.

Première faute: mettre l’accent sur les cadeaux aux plus riches et aux sociétés. Les partis de droite avaient pourtant le sens de la formule: ce sont des cadeaux pour nos emplois, pas pour les patrons, voyons!

Deuxième faute, plus grave: parler de la réforme fiscale de 1990. Rappelez-vous: à l’époque, le Canton adopte des cadeaux fiscaux pour 300 millions dans un contexte économique confortable, et se trouve dès l’année suivante dans les chiffres rouges pour plus d’une décennie. Le journal de l’économie lausannoise se veut toutefois rassurant: cette fois-ci, il s’agit seulement de 100 millions de cadeaux (150 millions selon les informations officielles du Canton…). Voilà qui fait toute la différence: on répète les mêmes erreurs, mais en plus petit. Décidément, ce paquet fiscal laisse une désagréable impression de déjà vu, et même Pascal Broulis peine à s’en défendre: En cas d’échec, selon ses déclarations, « il sera très difficile de ficeler un nouveau paquet pour 2010. Non par manque dénergie, mais parce que la marge de manoeuvre sera étroite en raison d’une période économique qui s’annonce troublée. » En d’autres termes: il faut profiter de la prospérité temporaire pour baisser la fiscalité, et cela de manière durable: « Parce que chaque fois qu’on supprime un impôt, il faut être clair, il sera supprimé à tout jamais » – toujours selon Pascal Broulis. Encore merci pour le cadeau…

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Pour une fois, ce n’est pas le juridisme étroit qui paralyse la Municipalité: les bâtiments de la Borde 34-44 ont été évacués puis abattus, jusqu’aux quelques débris visibles sur la photo. La raison de cela? Il s’agit de démolir les logements pour en construire encore plus, dans une logique de densification bien établie à Lausanne. Toutefois, la construction ne sera rendue possible que par l’adoption du préavis 2008/48. Et ce dernier n’a pas encore été examiné en commission, encore moins passé devant le Conseil communal pour approbation… Visiblement, il n’est pas prévu que le parlement communal s’oppose à ce réjouissant projet, puisqu’il n’est déjà plus possible de revenir en arrière!

Suite de cet article (sur http://www.agauchetoute.info)