cafe-babelLa jeunesse grecque a fait parler d’elle ces derniers temps; l’attention publique romande s’est toutefois moins portée sur la politique de M. Kostas Karamanlis, le premier ministre, et de son gouvernement. Dans le domaine de l’asile, le bilan a l’air pourtant impressionnant: selon le site du “Nouvel Observateur”, des immigrés ont débuté une émeute à Athènes le 6 décembre. Motif: l’impossibilité de s’enregistrer comme requérant d’asile. Seul un nombre limité est enregistré chaque samedi. L’occasion de bousculades réprimées par la police, au cours desquelles un Pakistanais s’est blessé mortellement au mois d’octobre en chutant dans un canal proche. L’enregistrement n’est pourtant que la première étape: car le traitement des dossiers mérite aussi la critique: Selon le Haut-Commissariat pour les réfugiés de l’ONU (HCR), Athènes n’a approuvé que 140 des 20.692 demandes d’asile déposées en 2007 (0.67%, contre 37% dans le reste de l’Europe). Selon Café Babel, les Irakiens ont un taux de reconnaissance de 0 % en Grèce, de 82 % en Suède et de 13 % au Royaume-Uni.

Face à cette disparité, la Belgique a renoncé à procéder à des renvois de requérants d’asile vers la Grèce (Le Monde, 20/12/2008). C’est la première à renoncer à l’utilisation de l’accord de Dublin, selon lequel toute demande d’asile est traitée dans le pays d’arrivée du requérant – un accord que la Suisse a adopté en 2005.

Est-ce que vous croyez que Mme Widmer-Schlumpf suivra l’exemple de la prudence belge? Ou est-ce qu’elle s’alignera sur la position blochérienne, qui consiste à expulser tous ceux qui ont aventuré ne serait-ce qu’un pied dans un Etat tiers? Est-ce que cela vaut vraiment la peine de se poser la question?

A propos, le CEDRI lance une campagne de lettres contre la politique de Mme Widmer-Schlumpf, qui n’est pour le moment qu’une pâle copie de celle de son prédédesseur: à signer sur le site du PST.

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L’apparition du premier album de Gotan Project en 2001 avait constitué un évènement, mettant le tango au centre de l’attention d’amateurs de jazz, de musiques électroniques ou du monde. Cette année, Melingo, ex-rocker argentin, s’est fait remarquer par un tango varié et gouailleur. Leur point commun? Eduardo Makaroff, le guitariste de Gotan Project et créateur du label de disque Mañana. On y trouve une dizaine d’albums, autant de perles de tango et d’autres musiques argentines, incarnant de manière novatrice la tradition.

Une mention particulière pour Caceres, musicologue qui signe deux albums consacrés à l’influence africaine dans la musique argentine. Une performance, à entendre la réticence de l’Argentine au moment de reconnaître ses minorités indiennes et africaines, et les massacres qu’elles ont subis. Les textes de plusieurs chansons retracent quelques épisodes de ce passé, souvent sur un rythme de murga, la musique noire de carnaval. Un enseignement vivant et dansant!

Craignant un échec en votation le 8 février, le SECO essaie de se montrer rassurant concernant le dumping salarial. Peu habitué à ce genre de préoccupation, le secrétariat  fédéral de l’économie met plutôt les pieds dans le plat. Comment juger autrement une déclaration du type:

D’après le rapport sur la situation actuelle dans le domaine de la location de services, la part de l’emploi représenté en Suisse par cette dernière est passée de 0,7% à 1,9% de 1990 à 2006. [...] La cause principale est vraisemblablement le besoin croissant en main d’oeuvre mobilisable de manière flexible, besoin auquel la location de services répond bien. On n’observe néanmoins pas en Suisse de tendance générale à la mise en place d’emplois à durée déterminée.

En d’autres termes : le travail temporaire a augmenté de 250%, mais cela n’exprime pas une menace sur les conditions de travail. Selon le même rapport, “ l’introduction de la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’UE a favorisé la croissance de la location de services à partir de 2002. Les mesures d’accompagnement répondent aux risques qui en découlent pour le marché du travail indigène“. Une estimation déconcertante, sachant qu’une section vaudoise d’UNIA a constaté des infraction lors de 82% de ses contrôles de travailleurs détachés. Le même genre de contrôle a révélé que la moitié des travailleurs “indépendants” de l’UE étaient en fait des employés, pour lesquels les patrons cherchaient à contourner les conventions collectives suisses. De plus, seuls 6% de ces travailleurs étaient contrôlés. Pas vraiment dissuasif pour les employeurs pris en faute, pour qui les sanctions restent modestes. Du coup, j’apprécie moyennement l’affiche au bas de mon immeuble:

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Le putsch de Pinochet et la politique suisse d’asile

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Le 11 septembre 1973, Pinochet renverse le gouvernement Allende au Chili. Il met à bas l’espoir d’un socialisme démocratique, et expérimente le libéralisme économique sous régime de dictature. Ce basculement se répercute de manière inattendue en Suisse : perçus avec méfiance, les réfugiés chiliens font les frais des premiers essais de durcissement de la politique d’asile, dans l’atmosphère xénophobe de l’initiative Schwarzenbach. Ouvertes récemment, les archives fédérales à ce sujet ont fourni à Maurizio Rossi la matière pour son premier ouvrage, « Solidarité d’En Bas et Raison d’Etat ». Loin d’un ouvrage encyclopédique sur les migrations en Suisse, il illustre tout de même un tournant dans la politique d’asile d’Après-Guerre, et se lit comme un roman. Read the rest of this entry »

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Temps d’assistance : l’ouvrage propose une histoire critique de l’aide sociale dans les cantons de Vaud et Neuchâtel, de la charité à un droit contesté à l’existence. Il propose trois angles d’attaques : une histoire de la législation, une analyse du discours des politiciens et professionnels, et une analyse de celui des bénéficiaires de l’assistance.

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Au moment où le monde économique vacille, on hésite sur l’image à utiliser pour les dirigeants de la finance: Personnages coupables d’erreurs inouïes (pour les journalistes libéraux), ou accapareurs sans scrupule (pour ceux qui veulent prendre des accents marxistes-léninistes). “Business Class” de Martin Suter, enfin traduit en français, nous propose une satire du monde de la finance, avec une autre vision du petit monde des top managers.

Ce sont plutôt leur suivisme, leur arrivisme et leur manque d’imagination qui sont représentés. Les managers apparaissent plus comme les marionnettes d’un système absurde que comme ses acteurs machiavéliques. Apparues d’abord dans la Weltwoche dès 1995, ces petites pièces sont rapidement devenues célèbres en Suisse Alémanique. Elles ont cependant nécessité, avant de paraître en français, plus de six ans. Les autres ouvrages de Martin Suter avaient pourtant connu bien plus tôt une diffusion francophone et un succès justifié. Martin Suter est en effet connu pour des romans policiers où l’intrigue mêle souvent, dans une intrigue convaincante, des bizarreries neurologiques bien documentées et des turpitudes du monde financier.

Qu’est-ce qui a retenu la traduction du reste de l’oeuvre de Martin Suter jusqu’à présent? Fort logiquement, nous ne l’imputerons pas au machiavélisme de l’éditeur, mais plutôt à son manque de vision ou d’audace. Cela expliquerait que les éditions Titres se contentent d’en publier quelques nouvelles parmi les trois volumes parus en Suisse Allemande. Et par mesure de protestation contre ce manque de générosité, une traduction approximative de l’une des nouvelles non traduites:

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Hans-Rudolf Merz Merz, 68 ans demain, revient tout juste au Conseil Fédéral après un quintuple pontage coronarien. Et c’était au tour de Samuel Schmid, bientôt 62 ans, de s’éclipser cette fin de semaine pour une “inflammation aiguë nécrosante de la vésicule biliaire”. Voilà les Conseillers fédéraux qui militent bien malgré eux pour la retraite à 62 ans. Il faut dire que le Conseil Fédéral est composé de 5 sexagénaires, dont les quatre hommes du Conseil Fédéral. Consolation pour Samuel Schmid, après son opération de la vésicule biliaire: il n’est probablement pas le seul à avoir des problèmes de calcul…

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Qui a dit que l’administration bernoise était lente? Rolf Zbinden, conseiller communal communiste, a été condamné le 28 novembre pour avoir participé à la manifestation contre Blocher il y a environ un an. Il aurait aussi molesté un policier devant l’ambassade danoise (!), accusation contestée et qui a aussitôt fait l’objet d’un recours. Néanmoins, l’école professionnelle où il est employé l’a licencié le surlendemain. Visiblement, il n’y a pas besoin qu’une condamnation entre en force pour qu’elle justifie un congé.

Avec Halloween, voilà que revient la chasse au sorcière. Si seulement le “danger communiste” pouvait être aussi dynamique que lorsque le maccarthisme faisait rage…

Le secret de polichinelle tombe: les partis de droite sont soutenus par le monde de la finance, et les banques notamment. Un article de 24 Heures de 2006 dévoilait déjà les comptes du Parti Libéral, et montrait les liens financiers entre le parti et les grandes sociétés suisses: 53′000 francs par an de l’UBS, notamment. Grâce au Sonntags Blick de ce dimanche, nous avons aussi une idée des montants en jeu pour l’ensemble des partis: UBS verserait chaque année “entre 100′000 et 500′000 francs” au PDC, “entre 300′000 et 700′000 francs” aux radicaux, “nettement plus d’un million” à l’UDC. Un soutien encombrant pour les partis concernés, surtout au moment d’accorder des fonds publics à l’UBS. Petit tour d’horizon des messages des intéressés.

Double discours de la part de l’UDC: celle-ci est capable d’une part d’approuver les mesures de la Confédération en faveur de l’UBS, une larme à l’oeil: “L’intervention pour le sauvetage de la place financière suisse est malheureusement inévitable“. La faute est naturellement rejetée sur l’étranger, accusé de fausser les marchés par son propre soutien. En même temps, le parti attaque Peter Spuhler, Conseiller National UDC, tendance Widmer-Schlumpf. En l’occurrence, dans le Sonntags-Blick de ce dimanche, Toni Bortoluzzi lui reproche de siéger au conseil d’administration d’UBS: “Avec ce mandat, il incarne l’enchevêtrement de la politique et de l’économie, que l’UDC a toujours combattu”. Il est permis de rire, surtout en lisant à la page suivante le financement reçu par l’UDC de la part d’UBS : “nettement plus d’un demi-million”.

“C’est pas moi et puis les autres le font aussi”: c’est la ligne d’argumentation suivie par le PDC et les radicaux-libéraux dans leurs apparitions sur la RSR. Le PDC se fend donc d’une argumentation sur la légitimité de ce financement, et reproche au PS d’être financé par une autre puissance financière occulte: les syndicats. Pierre Weiss, co-président des libéraux-radicaux, entonne le même air, enjolivant même ses propos de la métaphore de la paille et de la poutre à propos du financement du PS. La poutre lui retombe tout de même dans l’oeil, car le PS, que je sache, ne propose pas de plan de sauvetage des syndicats à 68 milliards…

Texte écrit par mon père en hommage à Pauline Messerli, dont il paraît avoir un souvenir ému, et dont il parle régulièrement, de même que des motos Jawa…

Pauline Messerli est morte au début d’octobre à l’âge de 95 ans. Fille des tenanciers de l’Hôtel de l’Ours, sur la place du même nom, elle se trouva orpheline à 20 ans. Elle reprit alors la direction de l’établissement et passa pour cela son examen de tenancière. Mais ce n’était pas sa vocation, et elle passa un diplôme de sage-femme, puis d’infirmière. Ce qui lui permit d’exercer ce métier à la Direction des Ecoles de la Ville de Lausanne, nommée à ce poste par la Municipalité d’après-guerre. Son oncle François Messerli avait été médecin des écoles sous la Municipalité de 1933-1937. A 20 ans, elle était en outre tutrice de ses deux frères mineurs.

Peu théoricienne, Pauline manifestait son idéal d’égalité hommes-femmes en roulant à moto. Sur une Jawa, bien sûr, produit de l’industrie tchécoslovaque. Elle louait à l’année le chalet de la Pacoresse, au-dessus de Montreux, où elle invitait ses camarades de Jeunesse Libre (POP).

Pendant la guerre, elle avait présidé l’Association des femmes contre la vie chère, créée par Charlotte Muret pour contourner l’interdiction des organisations communistes. En couronnement de ses nombreuses expériences, elle s’offrit pour ses 80 ans un naufrage lors d’une croisière dans les mers du Sud.

En contradiction avec l’adage qui veut que, pour avoir un bel enterrement, il faut mourir pendant qu’on est encore en activité professionnelle, une belle assistance remplissait la chapelle de Montoie lors de la cérémonie d’adieux, comprenant ses nombreux neveux, nièces et petits-neveux. Qu’ils veuillent croire à la sympathie et au bon souvenir que gardent de Pauline les vieux qui l’ont côtoyée!

Pierre Payot