Craignant un échec en votation le 8 février, le SECO essaie de se montrer rassurant concernant le dumping salarial. Peu habitué à ce genre de préoccupation, le secrétariat  fédéral de l’économie met plutôt les pieds dans le plat. Comment juger autrement une déclaration du type:

D’après le rapport sur la situation actuelle dans le domaine de la location de services, la part de l’emploi représenté en Suisse par cette dernière est passée de 0,7% à 1,9% de 1990 à 2006. [...] La cause principale est vraisemblablement le besoin croissant en main d’oeuvre mobilisable de manière flexible, besoin auquel la location de services répond bien. On n’observe néanmoins pas en Suisse de tendance générale à la mise en place d’emplois à durée déterminée.

En d’autres termes : le travail temporaire a augmenté de 250%, mais cela n’exprime pas une menace sur les conditions de travail. Selon le même rapport, “ l’introduction de la libre circulation des personnes entre la Suisse et l’UE a favorisé la croissance de la location de services à partir de 2002. Les mesures d’accompagnement répondent aux risques qui en découlent pour le marché du travail indigène“. Une estimation déconcertante, sachant qu’une section vaudoise d’UNIA a constaté des infraction lors de 82% de ses contrôles de travailleurs détachés. Le même genre de contrôle a révélé que la moitié des travailleurs “indépendants” de l’UE étaient en fait des employés, pour lesquels les patrons cherchaient à contourner les conventions collectives suisses. De plus, seuls 6% de ces travailleurs étaient contrôlés. Pas vraiment dissuasif pour les employeurs pris en faute, pour qui les sanctions restent modestes. Du coup, j’apprécie moyennement l’affiche au bas de mon immeuble:

alcpexp

Soyons réalistes, ce n’est pas en votant non le 8 février que nous préviendrons la sous-enchère salariale: la votation concerne au premier chef l’extension à la Bulgarie et la Roumanie – que l’on me dise pourquoi ils constitueraient une menace plus sérieuse que les Polonais, les Grecs ou les Lithuaniens – et la poursuite des accords déjà existants. Ceux-ci ont le mérite de s’accompagner de contrôles accrus, permettant de constater les infractions mentionnées ci-dessus. Autant il est ridicule de croire aux discours du SECO, autant il est pernicieux de se ranger aux côtés des xénophobes. A mon avis, la première urgence, c’est de faire entendre des arguments de gauche dans ce débat monopolisé par la droite et l’extrême-droite, des arguments concernant les travailleurs (et les chômeurs) et non les financiers. Et des arguments des pays concernés, tels que ceux relayés par Jean-Baptise Blanc.