C’est quelqu’un qui m’a raconté un bout de son histoire, un soir de 2002, au Havana-Bar de Reinach, Bâle-Campagne. Personnellement, je me trouvais à Reinach pour effectuer mon service civil dans une permanence sociale pour migrant. Et j’étais dans ce bar parce que c’était à peu près le seul à la ronde, et qu’on pouvait y discuter avec les habitués et leurs amis. C’était l’un de ces amis qui racontait à peu près cette histoire.

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Il venait de Tchécoslovaquie, et avait rendu visite à des connaissances en Suisse en 1978 ou 1979. Il avait voyagé dans sa voiture, également tchécoslovaque. Peut-être les voitures tchécoslovaques n’étaient-elles pas les plus solides de l’époque, en tout cas, elle est tombé en panne durant la visite en Suisse. Notre homme l’a amenée au garage pour la faire réparer. Probablement les pièces de remplacement tchécoslovaques manquaient-elles, le garagiste a dit qu’il faudrait une semaine pour que la voiture soit réparée. C’était ennuyeux, parce que le visa du visiteur tchécoslovaque arrivait à échéance cette même semaine. Il est donc allé à la police cantonale, et a expliqué son problème. La police a prolongé son visa.

La semaine suivante, lorsqu’il est allé reprendre sa voiture, le garagiste lui a annoncé qu’il faudrait encore attendre une semaine. Notre homme est donc retourné voir la police cantonale, qui a accepté, avec quelques difficultés, de prolonger encore d’une semaine le visa.

La semaine suivante, la voiture n’était toujours pas prête. Cette fois-ci, la police s’est montrée intraitable, et a refusé la prolongation de visa. “Soit vous rentrez sans la voiture, soit vous déposez une demande d’asile” aurait annoncé l’employé. Notre homme ne voulait pas rentrer sans la voiture, il a donc demandé l’asile, il a évoqué de vagues persécutions , et a obtenu l’asile peu après.

Bien sûr, il s’agit d’une histoire racontée dans un bar, que j’ai entendue 25 ans après qu’elle soit arrivée, et elle a probablement évolué avant de prendre cette forme nonchalante. Toujours est-il que celui qui revendiquait cet abus du droit d’asile paraissait tranquille, il travaillait pour des documentaires avec des chaînes de télévision internationales, et s’était fait naturaliser récemment. Personne ne semblait préoccupé des avantages indus dont il bénéficiait. Personne ne semblait même lui attribuer de telles faveurs. Dehors devaient s’achever les remous de la votation du 24 novembre 2002 “contre les abus du droit d’asile”, refusée à 50.1 contre 49.9, l’un des scores les plus courts de l’histoire suisse.