TVRL et les autres TV locales vaudoises sont appelées à se rassembler dans des entités couvrant toute la région Vaud-Fribourg. A l’avenir, ce sera le seul moyen d’obtenir un appui fédéral. Les collectivités publiques se sont acoquinées avec les principaux éditeurs locaux de journaux (Edipresse, St-Paul) pour concocter une chaîne correspondant aux exigences fédérales, et le résultat promet d’être plutôt insipide.

Quelle n’a donc pas été ma suprise en consultant les informations de la Confédération lorsque j’ai vu apparaître une candidature concurrente pour la concession Vaud-Fribourg, avec un programme alléchant:

Plus que de l’information au sens traditionnel, une télévision locale produit de l’interaction en animant le territoire qu’elle dessert. C’est pourquoi notre projet favorise la prise de parole et va la chercher dans les régions, au contact des habitants. Notre projet ne se veut pas une télé de publireportage, [...] mais un lieu vivant d’échange qui met en relation les acteurs et les habitants des régions, et qui favorise leur participation à la vie du média. [...] Notre projet contribue au pluralisme de l’information et favorise la démocratie locale. Nous défendons des valeurs fondamentales : la citoyenneté, la démocratie et la tolérance.

Le projet a l’air de partir sur un ton engagé et citoyen, c’est quasiment une révolution bolivarienne dans le paysage audio-visuel romand…

… la page suivante indique la forme que prendra ce projet: “La société requérante sera une société anonyme de droit suisse au capital-actions de CHF 6′000′000. [...] Les futurs administrateurs de la société requérante seront Messieurs Frédéric Piancastelli, président, Filippo Ryter, administrateur.

En fait, ce n’est pas au rouge politique que vire cette télé, c’est au rouge de Rouge FM. La radio privée qui a déjà avalé Radio-Lac et Radio Framboise, gérée par les mêmes Frédéric Piancastelli, président, et Filippo Ryter, administrateur. Ce seront également les deux seuls membres du conseil d’administration de la société. Belle cohérence avec leur projet de créer “un lieu vivant d’échange qui met en relation les acteurs et les habitants des régions, et qui favorise leur participation à la vie du média”

Le même Frédéric Piancastelli tend même un croche-patte au projet concurrent, emmené par les collectivités publiques avec Edipresse et le groupe Saint-Paul: “l’indépendance de l’entreprise de média en apport avec la collectivité publique ne semble guère garanti par le projet « Edipresse –Collectivités publiques»“. En clair: les pouvoirs publics sont trop puissants dans ce projet, laissons plutôt faire le privé qui, lui, est impartial et équitable face à l’information. Quelques lignes plus loin, le projet est à nouveau attaqué, mais cette fois-ci à cause de ses fonds privés: “la concentration des médias (Presse, TV, Radios,Internet) aux mains respectives du groupe Edipresse pour le canton de Vaud et la Romandie, et du groupe St Paul pour le canton de Fribourg peut poser également le problème de la nécessaire pluralité et indépendance de l’information.

Par contre, M. Piancastelli trouve son propre projet beaucoup mieux. Pourquoi? Parce que “le fait de confier cette concession de télévision locale à un groupe audiovisuel
possédant déjà deux concessions radios, permettrait de constituer un réel pôle audiovisuel privé qui atteindrait une taille critique sur cette zone romande, lui permettant ainsi de lutter efficacement contre les groupes frontaliers francophones.
” Et cette fois-ci, le problème de la “nécessaire pluralité et indépendance de l’information” ne se pose pas?

La performance de M. Piancastelli n’aura qu’un mérite: me convaincre de soutenir le projet hybride des collectivités publiques avec les éditeurs Edipresse et St Paul. Et me convaincre plus encore que la démarche suivie par le Département de Moritz Leuenberger saccage les radios et TV d’intérêt public.