La Suisse utilise-t-elle des réseaux de passeurs pour renvoyer des étrangers/-ères? Est-ce qu’elle les expulse dans des pays dont ils/elles ne sont pas originaires? La question paraît incongrue, mais quelques évènements laissent penser qu’oui.
Un seul réseau pour faire entrer les immigrant-e-s, puis les expulser
Il y a d’abord un article d’augenauf, l’organisation de défense des droits humains basée en Suisse Allemande. En décembre 2006, sa section zurichoise publiait un article sur les manoeuvres de diplomates guinéens. Une délégation de ce pays est apparue en mars 2005 en Allemagne, pour procéder à l’établissement de l’identité d’Africain-e-s devant être expulsés. Il semble que 400 personnes ont ainsi été rencontrées, pour recevoir des documents de voyage guinéens. Selon le témoignage de l’une de ces personnes: “on m’a adressé la parole dans un dialecte que je n’ai pas compris, en voulant savoir si je venais de Sierra Leone. J’ai dit oui, c’est tout”. Cette procédure aurait duré trois minutes, et abouti à la conclusion que l’individu était bien guinéen - comme les 400 autres personnes rencontrées. S’en est suivi la remise de documents de voyage, sans désignation ni durée de validité, apparemment inventés pour l’occasion par la délégation guinéenne. Le même scénario semble s’être déroulé à plusieurs reprises dans différents Länder d’Allemagne.
La délégation a abruptement interrompu ses activités en mars 2006, après le retour en Guinée de son chef, N’Faly Keita. Celui-ci semble être parti après que plusieurs Africains l’ont accusé d’avoir également vendu des passeports diplomatiques à des personnes souhaitant rentrer en Europe… Des accusations de trafic de femmes courent également à son encontre. Toujours selon “augenauf”, la délégation a rapidement repris ses activités, cette fois en Suisse.
Réactions en Allemagne et en Guinée
Les informations d’augenauf sont loin d’être isolées. Si l’on recherche le nom du principal diplomate incriminé, M. N’Faly Keita, on retrouve une série d’articles guinéens. Selon guinéenews, la délégation de M. N’Faly Keita travaille avec des soutiens à l’ambassade de Guinée à Paris. Un article d’un groupe de discussion guinéen ajoute des détails: M. N’Faly Keita se ferait payer ses services. Il aurait demandé 343 Euros par personne reconnue en Allemagne. La Suisse aurait dû pour sa part débourser mille francs pour chaque laissez-passer. Le même article détaille les méthodes de la curieuse commission guinéenne: les personnes seraient reconnues sur la base de leur accent ou leur morphologie physique. Cette pratique aux présupposés racistes aurait provoqué un tollé en Allemagne. Ce que vient confirmer un article du périodique Die Welt de mai 2006 et quelques autres sources.
La fin du réseau?
Un “conseil des patriotes Guinéens” salue quant à lui la démission de ses fonctions de M. N’Faly Keita. Ce départ remonte apparemment à la fin juillet 2007. Néanmoins, aucun article n’est en mesure de dire si des laissez-passer guinéens sont encore “vendus” aux autorités suisses, ni combien de personnes ont été touchées par cette pratique jusqu’à présent. Et les autorités suisses ne pourront certainement pas nous dire ce qui peut arriver à un Sierra Leonais renvoyé en Guinée…
A bientôt
David

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