Nespresso, c’est le pionnier du café en dosettes, qui grâce à ses machines bon marché, abreuve une bonne partie des ménages. Grâce à ses capsules nettement moins bon marché, il fait aussi saliver le monde économique et affiche une large croissance. Et pour mettre tout le monde d’accord, Nespresso séduit aussi les publicitaires par sa communication sans faute, alliant décontraction et raffinement ostentatoire. Cette image ne va bien sûr pas sans un soupçon d’écologie de bon ton, déjà évoquée dans un article précédent. Il y a néanmoins un peu de sable dans les rouages.

Read the rest of this entry »

La politique d’asile doit être dissuasive: le leitmotiv demeure, entre la démocrate-chrétienne Ruth Metzler, qui a durçi la loi sur l’asile, l’UDC Christoph Blocher, qui l’a défendue devant le peuple, et l’UDC (supposée modérée) Widmer-Schlumpf, qui parle de durcir encore la loi… La technique consiste à compliquer chaque étape: l’entrée à la frontière (accord de réadmission avec les pays frontaliers, et accords de Schengen-Dublin plus récemment), l’audition des requérant-e-s (voir l’article Mikhaïl Chichkine), puis les décisions (entre autres: non-entrée en matière sur les demandes de ceux et celles qui n’ont pas un document d’identité, chose dont ne dispose qu’une minorité sur notre planète). Reste ensuite à appliquer les décisions, et c’est là que le bât blesse…
En effet, une fois que l’on a débouté tous/-tes ceux/celles qui n’ont pas de papier, il faut encore obtenir des documents pour les renvoyer dans leur pays. Lorsqu’une expertise a démontré qu’une personne ne provient pas du pays dont il prétend, il faut encore déterminer dans quel Etat la renvoyer, et obtenir un laissez-passer de ce dernier. La machine à produire des refus d’asile est donc bien rodée, mais il reste des problèmes logistiques importants pour appliquer les décisions… Comment les résoudre? Je vous donne trois secondes pour trouver une solution. Une-deux-trois, alors? Read the rest of this entry »

La littérature de fiction a toujours représenté le monde des criminels avec sympathie et parfois complaisance. Elle a paré la pègre d’une auréole romantique, se laissant séduire par son clinquant de pacotille. Les artistes n’ont pas su discerner le véritable et répugnant visage de cet univers. C’est un péché pédagogique, une erreur que notre jeunesse paye très cher.” Ce jugement sans appel est signé de Varlam Chalamov, qui a quelque légitimité à parler du sujet: un peu en tant qu’écrivain russe, mais surtout en tant que détenu politique durant 14 ans dans les goulags de la Kolyma. Selon ses récits, les prisonniers politiques étaient beaucoup moins préparés à l’expérience des camps que leurs codétenus, souvent multirécidivistes, reproduisant dans les camps les structures qu’ils avaient développées auparavant, et utilisant les victimes des purges staliniennes comme domestiques, faire-valoir ou souffre-douleur.

En ce qui concerne les goulags et le mal qu’y ont fait les détenus de droit commun, nous ne pouvons que nous en remettre au témoignage de Chalamov . En ce qui concerne la popularité des voyous et bandits dans la littérature russe, il y a quelques exemples qui viennent appuyer Chalamov. D’ailleurs, la tendance ne s’est pas arrêtée après lui, et ne s’est pas limitée aux poètes et romanciers. Il existe un genre musical russe de la chanson criminelle, appelé, selon les sources, “blatnjak”, “blatnaja pesnja” ou “shanson“. Dans l’Après-Guerre, Arkadij Severnij en était un important représentant - et a l’avantage d’avoir un site publiant la quasi-intégralité de son oeuvre.

A n’en pas douter, l’un des intérêts de ce genre était de valoriser tout ce qui subvertissait le régime soviétique. Comment comprendre sinon le succès de la chanson du “poulet grillé”? Le texte commence par l’histoire d’un innocent poulet grillé qui se promenait dans la grande-rue de St-Pétersbourg, et qui ne tarde pas à subir un contrôle d’identité. Comme il n’a pas de document en poche, il finit mangé par les autorités… Ces chansons criminelles ont fini par constituer un répertoire composé tout au long du 20e siècle, où chaque génération reprend les morceaux antérieurs. Le groupe La Minor entretient encore l’héritage avec vigueur :

Read the rest of this entry »

Toutes mes excuses pour ce long silence… J’étais très occupé à écrire un article de plus sur le site des élus A Gauche Toute! - que vous pouvez trouver en cliquant ici:

Un auteur russe établi en Suisse, et connaissant de plus un certain succès dans son pays d’origine comme dans celui où il s’est établi : cela paraît au premier abord atypique. Après l’avoir un peu lu, cela semble absolument naturel. Read the rest of this entry »

Dur dur, pour les squatters, de trouver un lieu à occuper. La faute au marché du logement, qui laisse peu d’espaces libres. La faute aussi à la justice, qui considère qu’un propriétaire dispose librement de son terrain, et peut laisser quelques années une réalisation architecturale ressemblant à cela:


La faute aussi à la presse et aux politiques, qui véhiculent une image des squatters comme un “groupe de jeunes hostile à l’ordre et aux lois”. C’est, de mémoire, les mots que j’ai entendu à la tribune du Conseil communal de Lausanne lorsqu’il était question de la Maison de Paille. Le discours venait de l’UDC, mais il a obtenu des soutiens jusque chez les socialistes et les verdâtres.

Courageux mais pas téméraire, je me suis donc dit que squatter était une occupation dangereuse, et que la photographie était un loisir beaucoup plus acceptable. Cela me permet donc de vous proposer une comparaison entre une affreuse maison de squatters:

Et la devanture créative que nous offrait, en 2004, le marché libre de l’immobilier:

L’esprit critique devait encore être en vacances de Pâques. Et les journalistes en profitaient pour s’amuser. C’est la meilleure explication pour comprendre les articles de la presse romande du mardi 25 avril. Alors qu’ils ont tendance à tous recopier les mêmes dépêches ATS, les journaux avaient cette fois-ci tous tendance à interpréter différemment une étude passionnante. Alors que le journal 20 Minutes se réjouissait: «20 minutes» a connu une croissance record en 2007, le Matin Bleu, quant à lui, jubilait: Avec 469 000 lecteurs, «Le Bleu» est la référence des Romands. Plus prudent, 24 Heures titrait: Presse et Web: L’audience globale est à la hausse pour les journaux régionaux. Ce qui ne l’empêchait pas de signaler fièrement “C’est sans attendre pourtant, qu’au printemps dernier, la Tribune de Genève et 24 heures (deux titres Edipresse) ont décidé de se redéployer sur internet pour élargir leur lectorat et renforcer leur marque. Une opération qui s’est traduite par une spectaculaire augmentation de l’audience de leur site web respectif“.

Peut-être les journalistes étaient-ils aussi un tout petit peu intéressés par la question, puisque tous se référaient à une “recherche et étude des marchés publicitaires”, et que la publicité est l’essentiel de leur financement. Peut-être leurs employeurs et leurs bailleurs de fonds ont-ils offert ses vacances de Pâques à l’esprit critique… Mais ce serait, bien entendu, un cas exceptionnel.

matin-bleu.jpg

Désolé, il n’y aura pas d’article aujourd’hui. Mon dimanche s’est déjà fait raccourcir d’une heure, il m’a tout juste laissé le temps de dire tout le bien que je pense de Città Slow sur le blog agauchetoute.info

testatebanner_r1_c1.jpg

Il m’arrive d’être lassé du langage d’extrême-gauche, et de le trouver un peu suranné. Rien de tel alors que de lire les publications du Centre Patronal: le dépaysement est total, on se trouve dans un monde atemporel, qui semble se perpétuer sans changement majeur depuis deux siècles. La trouvaille du jour est sur le blog du centre patronal, elle a même été mise en évidence par son auteur, Alain Maillard:
“Est-il normal qu’une jeune personne sortant de formation puisse s’offrir quasiment une année de « vacances » aux frais de l’assurance ?”
J’ai eu l’avantage de bénéficier, en sortant de l’uni, de telles “vacances”, et de recevoir pendant près d’une année des indemnités allant de 1′300 francs (avant 25 ans) à 2′650 francs (dès 25 ans révolus) - brut bien entendu. Ces vacances ont quand même été interrompues par quelques centaines de postulations, par quelques gains intermédiaires qui m’ont attiré beaucoup d’inconvénients administratifs et aucun avantage pécunier. J’en ai aussi profité pour développer les activités associatives, avec les migrants en particulier. Mais je suppose que c’était des abus du point de vue du Centre Patronal, puisque pendant ce temps, je n’ai créé aucune richesse, juste diminué un peu la misère…
En fait, le côté vacances, c’était d’aller à des entretiens d’embauche dans un certain nombre de villes de Suisse (Bienne, Zurich, Bâle, Berne et Neuchâtel de mémoire).
Alors si ce tableau paraît si attirant à M. Maillard, je ne peux que lui conseiller de se mettre aussi au chômage quelques temps. Personnellement, je préfère qu’il soit payé pour ce genre de vacances que pour faire des bulletins du centre patronal…

Je ne sais pas si vous l’avez remarqué, mais la gauche a l’air d’attaquer de plus en plus souvent les libertés individuelles des fruits et légumes. Tous les grands commerçants veulent que les végétaux s’émancipent, et puissent choisir librement de se vendre ici ou en Chine, mais la gauche refuse par tous les moyens. Certains gauchistes ont signé des contrats avec des agriculteurs, pour que les légumes aillent directement du producteur à son voisin consommateur, sans passer par les beaux centres commerciaux, et sans que leur prix joue au yoyo selon la loi de l’offre et de la demande. Dans la région lausannoise, le jardin potager et les jardins du Flon sont les principaux réseaux qui accaparent ainsi les végétaux - mais le mouvement a l’air beaucoup plus large, et les attaques plus variées…

mondialisation-005a-pink.jpg

Read the rest of this entry »